Cette fois-ci, aucune affiche. Pas même le fameux nom de code « WASP » pour « Woody Allen Summer Project » (ndlr : Projet d’Eté de Woody Allen). Un clin d’œil aux « White and Anglo-Saxon Protestant », les premiers colons blancs d’origine européenne ayant émigré en Amérique (y compris des Allemands bannis pendant les guerres de religion), dont la pensée et le mode de vie deviennent majoritaires aux Etats-Unis ; la communauté adverse d’un autre groupe important de colons blancs, les catholiques irlandais, et plus tard, des défenseurs des droits civiques des afro-américains.

4 ans après son premier projet, le vœu du réalisateur est exaucé grâce au crédit d’impôt international. Une mesure votée à l’Assemblée nationale en décembre 2008 et publiée au Journal Officiel en décembre 2009, pour attirer en France des productions étrangères. Woody Allen avait hâte de tourner un film à Paris : « Ca a toujours été une expérience formidable de visiter cette ville. Paris est une des plus belles villes du monde, et je sais que ça sera un endroit merveilleux où travailler » disait-il en 2006.


Les équipes sont au complet depuis le matin du 6 août. Un charriot pour les boissons, les croissants et autres snacks, petits sandwichs à grignoter, trône sur le trottoir. Un immense projecteur de 18000 Watts éclaire le 1er étage du 18 rue du Louvre, dont les fenêtres sont obstruées en partie par des plastiques noirs opaques. Les équipes assurent : chacun sait ce qu’il doit faire, et le fait de façon dépassionnée, tranquille, un brin détendu. Le job se fait dans le plus grand calme, la marque de fabrique des tournages de Woody Allen.
Il arrive à 9h36 dans une voiture blanche. Chemise blanche à manches longues, bob de couleur beige posé nonchalamment sur la tête, assorti au jean en velours de même teinte. Tout va ensuite très vite, sans précipitation.

A 10h17, l’acteur américain Kurt Fuller fait ses ultimes repérages. L’Inspecteur Barton dans la saison 2 de « Desperate Housewives » en 2006 et Walter Ribbon dans « À la recherche du bonheur » en 2007, c’est lui. « One shot ! » lui débite en anglais un assistant (ndlr : une seule prise de vue) en le mettant au courant de la scène. Des sandwichs baguette jambon-beurre circulent.
A 11h07, Woody Allen est de nouveau visible. Le directeur de la photographie, son assistant, les éclairagistes, les preneurs de son, les cadreurs et les machinistes s'activent. L’abri de bus et le banc d’à côté sont transformés en salle annexe pour les accessoires, le matériel, et en cabine de maquillage. La lourde caméra s’installe, de même que le moniteur de contrôle, placé dans un renfoncement du mur.
A 11h27, Woody Allen indique à Kurt Fuller ce qu’il attend de lui. L’explication dure moins d’une minute.
A 11h29, le deuxième tournage, dans la rue, commence. L’acteur, un petit bout de papier dans les mains, marche et s’arrête devant le numéro 18 de la rue du Louvre, l’adresse du détective Duluc. Plan de la caméra sur l’enseigne. Deux figurantes passent. L’une d'elles porte un cactus dans un petit pot.
Les passants finissent par remarquer quelque chose mais, bloqués sur le trottoir d’en face, ne peuvent bien voir la scène. Des automobilistes, attentifs à ce qui se passent autour d’eux, ralentissent. Les bus font de même. Les passagers ébahis assistent au tournage en direct, sans savoir de quoi il s’agit. Aux premières loges, Paris Tribune ne perd pas une miette.

Le matériel est démonté en un temps record : à 11h51, il n’y a plus aucune trace de ce qui vient de se passer. Les équipes sont attendues à déjeuner place de la Concorde. A 14h30, un bus les emmène à Giverny, lieu du prochain tournage, à 75 km de la capitale.
Le clap final est prévu autour du 20 août.