Helena Bonham Carter en Bellatrix Lestrange arbore un jeu à la fois perfide et enfantin à la limite de la folie. Coiffée de sa tignasse de sorcière, elle chante la mort de Sirius Black, son cousin, comme elle susurrerait une comptine. Sur les tables du réfectoire de Poudlard, elle ricane et exécute une danse païenne, renversant tout sur son passage. On ne peut que saluer la performance de l’actrice qui n’en est plus à faire ses preuves dans le même registre.
Malefoy fils, alias Tom Felton, se fait également remarquer en versant ses premières larmes à l’écran, il en viendrait presque à rendre les armes. C’est sous une autre lumière que nous apparaît ce jeune arrogant de bonne famille, pressionné de toutes parts et pathétique. On aperçoit la ruine de sa famille en première page de La Gazette du Sorcier, et il doit prouver sa loyauté à Voldemort pour racheter la conduite de son père, absent du casting.
Drago, aux côtés de sa mère, fait office de mâle de substitution pour redorer le blason familial. Mais l’homme ne fait pas illusion et c’est un adolescent, fragile et apeuré face à la mort, qui nous apparaît dans de nombreuses scènes solitaires et quasi silencieuses.
Bien que l’hémoglobine ne caractérise pas ce film, ni les films Harry Potter en général, les plus jeunes d’entre nous auront peut-être été marqués par la noirceur de ce sixième volet, parfois violente. On pense à Drago baignant au cœur d’une marre de sang dans les toilettes ; à Ron les yeux révulsés faisant une overdose de potions, ou encore à Katie Bell possédée, suspendue inanimée dans les airs, puis prise de convulsions au sol.
Il y a aussi et surtout la courte scène des Inferi, ces cadavres préalablement envoûtés par Voldemort, tapis sous l’eau de la grotte obscure, et qui déclenchent quelques sursauts dans l’assistance : les fauteuils tressaillent

Harry et Ginny finissent par se trouver tandis qu’Hermione et Ron se cherchent encore, parfois désespérément. Lebalai amoureux de nos apprentis sorciers est parasité par une Lavanda Brown hystérique, groupie de Ron, et un Cormac McLaggen d’une virilité ridicule.

Il n’est pas expliqué que le père de Rogue est un moldu, autrement dit un être humain dénué de capacités magiques, et que sa mère est dite de « sang pure » parce qu’elle descend d’une lignée de sorciers. Nous ne disposons pas non plus du contexte du livre où les alliés de Voldemort défendent l’idéologie de sang pur et veulent exclure puis exterminer les moldus et leurs enfants.
Autant d’imprécisions qui maintiennent les aventures du jeune Potter et de ses amis au niveau du divertissement familial coté au Box Office, loin d’éventuels parallèles historiques.
Cette perte pour Harry, précédée par celle de son parrain Sirius Black dans le tome précédent, ne semble donc pas si marquante. Si les lecteurs purs et durs peuvent trouver à redire sur la précision émotionnelle de cet opus clé de la saga, les âmes plus cinéphiles sont peut-être plus sensibles aux effets spéciaux et aux décors spectaculaires rythmés par les thèmes musicaux originaux de John Williams.
Harry Potter et le Prince de Sang Mêlé reste donc fidèle au genre populaire et efficace de la Warner Bros, et ne s’emmêle pas les pinceaux avec les détails du livre : difficile de faire mieux en deux heures et demie de bobine !